Pierre-Michel Menger

  • Si l'activité artistique est bien un travail, ses logiques échappent largement à la manière dont la sociologie et l'économie ont l'habitude d'en rendre compte. Des différences considérables de succès peuvent-elles résulter de différences minimes de talent ? Le génie est-il soluble dans l'analyse sociologique ? Comment expliquer l'attrait exercé par des carrières aléatoires qui exposent la plupart de ceux qui y prétendent au désaveu du marché ? Pourquoi l'action culturelle se contente-t-elle généralement d'amplifier la reconnaissance des créateurs déjà consacrés par la critique ? À travers de multiples études empiriques, cet ouvrage résout ces paradoxes en forgeant un cadre d'analyse original qui place l'incertitude au principe des choix d'orientation des artistes comme au coeur du dispositif d'évaluation des oeuvres.

  • Le temps n'est plus aux représentations héritées du xixe siècle, qui opposaient l'idéalisme sacrificiel de l'artiste et le matérialisme calculateur du travail, ou encore la figure du créateur, original, provocateur et insoumis, et celle du bourgeois soucieux de la stabilité des normes et des arrangements sociaux.
    Dans les représentations actuelles, l'artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif, mobile, indocile aux hiérarchies, intrinsèquement motivé, pris dans une économie de l'incertain, et plus exposé aux risques de concurrence interindividuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles. comme si, au plus près et au plus loin de la révolution permanente des rapports de production prophétisée par marx, l'art était devenu un principe de fermentation du capitalisme.
    Comme si l'artiste lui-même exprimait à présent, avec toutes ses ambivalences, un idéal possible du travail qualifié à forte valeur ajoutée.

  • Le talent en débat

    Pierre-Michel Menger

    • Puf
    • 26 Septembre 2018

    Fondement révolutionnaire de l'égalité des chances d'accès à toutes les carrières, l'invocation du talent fut d'abord la signature de la méritocratie républicaine. Le talent est aujourd'hui la monnaie universelle de cotation des personnes dans le travail non routinier.
    Pourquoi est-il considéré si souvent comme impossible à définir ? Produit des interactions complexes entre la signature génétique des individus et la force de l'éducation, il distingue l'individu dans la singularité de ses potentialités, mais fonde aussi les technologies sociales de classement. N'est-ce qu'un mythe, un autre nom pour la motivation et l'effort, ou le complément de ceux-ci ? Le nom donné à la valeur de celles et ceux qui font la différence dans des marchés mondialisés ? Le nouv eau passeport de la circulation mondiale des travailleurs très qualifiés ? La sociologie, l'économie, le droit et l'histoire peuvent apporter des réponses. Les domaines explorés ici sont ceux dans lesquels la recherche et la mesure du talent sont aussi obsessionnels

  • 12 000 comédiens exercent aujourd'hui leur art au théâtre, à la télévision, au cinéma, dans la publicité, à la radio, dans les studios de doublage et de synchro, mais aussi dans l'animation socioculturelle ou dans le monde scolaire. Ils étaient moitié moins nombreux il y a dix ans. Pour la première fois, une enquête sociologique auprès d'un millier de comédiens représentatifs de l'ensemble du groupe permet de connaître avec précision cette profession, ceux qui la pratiquent et les transformations qu'elle connaît actuellement. Sont ainsi explorés la formation des comédiens, l'accès aux emplois, les conditions et les relations de travail dans les différents secteurs d'activité, les satisfactions et les risques attachés à l'exercice d'un métier aussi attrayant qu'incertain, la variété des expériences de travail, les rouages de l'intermittence, les formes d'organisation collective de la profession, les singularités du mode de vie et les jeux de démultiplication identitaire dont les comédiens font métier. Ensemble, ces diverses dimensions conduisent à cerner, par-delà la variété des pratiques professionnelles et des trajectoires individuelles, toutes les ambivalences qui composent les séductions et les difficultés du métier d'acteur : atouts de la précocité et temps long de la maturation artistique, fréquence de la formation ou des multiformations initiales à l'art dramatique mais aussi prégnance de l'apprentissage sur le tas, croissance et diversification des secteurs d'emploi mais aussi hégémonie du théâtre, vigueur de l'individualisme artistique et force des valeurs communautaires ancrées dans la nature collective du travail, maillage de la décentralisation et poids de la concentration parisienne, inégalités extrêmes de réussite et commune ambition d'expression de soi dans le jeu et l'invention artistique. Cette recherche s'inscrit dans le programme d'études sur l'emploi du Département des études et de la prospective du ministère de la Culture et de la Communication.

  • À l'aune des renégociations de la convention d'assurance-chômage et en pleine crise de l'emploi, cette nouvelle édition propose une mise en perspective du régime des intermittents, et le situe dans la flexibilité des marchés du travail.

    Spectacle vivant, cinéma et audiovisuel ont bâti leur expansion sur une exception sociale et culturelle énigmatique : l'hyperflexibilité contractuelle de l'emploi, assortie d'une assurance non moins flexible contre le chômage. Paradoxes : l'emploi augmente, le chômage encore plus vite ; des conflits sociaux répétés, des employeurs solidaires de leurs salariés ; trente ans de réformes, aucune réussie ; des accusations d'abus lancées de toutes parts, un déni général de responsabilité, mais une multiplication des bonnes raisons de s'accommoder d'une croissance déséquilibrée.
    À partir de données inédites, complétées dans cette nouvelle édition, Pierre-Michel Menger établit les faits, mesure les évolutions, soupèse les avantages et les dérives de l'emploi en contrats courts et chômage long. Le régime des intermittents du spectacle est passé au crible : ses règles, ses comptes, son utilisation, ses jeux stratégiques, ses subtilités paritaires et politiques. Cette analyse clinique, étendue à la réforme de 2003 et à ses effets jusqu'en 2010, permet de dégager et de mieux situer les intermittents dans la flexibilité des marchés du travail.

  • La fameuse querelle de l'argentier et du saltimbanque a fait l'objet d'une énième mise en scène à l'été 2003 avec la grève des intermittents, réglée par l'absurde puisqu'on ne joua pas... Les spectateurs étaient sommés de choisir leur camp entre la défense de la « Culture »... ou celle des comptes sociaux.
    Refusant ce manichéisme, Pierre-Michel Menger nous adresse ici un tout autre discours. Son propos : lutter contre les idées reçues et les conserva tismes de tout poil, qu'ils tentent de faire du financement de la culture un sanctuaire intouchable sous peine d'excommunication ou qu'ils stigmatisent des professions artistiques jugées privilégiées et vaguement paresseuses. Pour sortir de l'idéologie, Pierre-Michel Menger nous invite à comprendre ces réactions épidermiques comme l'aveu d'une myopie vis-à-vis d'un monde en pleine mutation. Un monde où le travail artistique se banalise en revêtant les caractéristiques de la flexibilité salariale et entrepreneuriale et où les notions de créativité et de travail expressif se répandent dans le monde salarial conventionnel. En bref, il n'existe plus d'un côté les Temps modernes et de l'autre la solitude inspirée de la mansarde. Ce brouillage impose de reconfigurer nos cadres de pensée à la lumière du constat d'échec massif d'une authentique démocratisation culturelle, de la saturation de l'Etat en la matière et de la puissance exponentielle des industries culturelles. Un constat qui concerne non seulement le travail artistique mais aussi le travail tout court qui peut bénéficier du cas d'école intermittent pour réfléchir à son devenir.

  • Work creates and transforms the social world. Its least predictable and most admired embodiment, artistic and scientific invention, seems to defy causal analysis and statistical regularities. Far more than the exploration of the conscious and infraconscious processes of individual inventiveness, the social ecology of creative work is what enables sociological analysis of work. Pierre-Menger's analysis identifies three crucial characteristics: an unlimited differentiation of outputs, competitive mechanisms exploiting the uncertainty of success, and a disproportionate focus on gain and reputation.

  • Le travail crée et transforme le monde social. Son incarnation la moins prévisible et la plus admirée, l´invention artistique et scientifique, semble défier l´analyse causale et les régularités statistiques. Bien plus que l´exploration des processus conscients et infraconscients de l´inventivité individuelle, c´est l´écologie sociale du travail créateur qui donne prise à l´analyse sociologique. Celle que propose Pierre-Michel Menger distingue trois caractéristiques essentielles : une différenciation illimitée des productions, des mécanismes de concurrence exploitant l´incertitude de la réussite et une concentration disproportionnée des gains et des réputations.

  • Dans ce court essai, l'auteur examine le cas de l'activité créatrice dans les arts et son corollaire : L'incertitude. Il y développe quatre points : 1/ la réussite dépend de l'artiste lui-même ; 2/ elle dépend de l'environnement de son activité et des conditions (matérielles, juridiques, politiques) dans lesquelles son travail est entrepris ;
    3/ elle dépend de la qualité du travail de l'équipe qui s'affaire dans le projet échafaudé pour créer une oeuvre ou un spectacle ; 4/ elle dépend de l'évaluation de ceux, pairs, professionnels, consommateurs profanes, qui reçoivent l'oeuvre achevée.
    En montrant comment le créateur n'est jamais assuré de parvenir au terme de son entreprise, l'auteur démontre que l'incertitude n'est pas uniquement extérieure au travail créateur, et qu'elle ne concerne pas simplement la réaction d'un public ou d'un marché. Car réduire la question de l'incertaine réussite à celle de l'admiration, de l'indifférence ou de l'hostilité d'un public à l'égard de l'artiste et de ses oeuvres, c'est parcourir la moitié du chemin de l'analyse, et suggérer que l'engagement dans une carrière artistique peut être assimilé à un pari de loterie.
    Ainsi, pour Pierre-Michel Menger, la compétition, en procédant à des tournois de comparaison entre les artistes, en présence d'une incertitude radicale sur la valeur absolue de leurs oeuvres et performances, structure les carrières professionnelles au travers d'incessantes situations de classement sélectif.
    Dans ce petit livre illustré et fort didactique, l'auteur synthétise avec une grande clarté ce qu'il a développé dans son ouvrage de 670 pages paru chez Gallimard en 2009:
    Le travail créateur. S'accomplir dans l'incertain.

  • Pierre-Michel Menger explore les lois du marché musical et l'action des institutions qui orientent son développement, les conditions très inégales d'existence des compositeurs, les rapports entre vie sociale, carrière professionnelle et activité créatrice de ceux-ci, les enjeux des conflits esthétiques et leurs retentissements dans le vie musicale française, les effets de l'intervention sans cesse élargie de l'État, le rôle des éditeurs et des médias et l'évolution des relations entre la musique contemporaine et les mélomanes. Quel est aujourd'hui le prix de la liberté de créer ?

  • À l'automne 2005, une nouvelle discussion sur le système de l'intermittence va s'ouvrir : quelles règles va-t-on créer pour la convention 2006 de l'UNEDIC ? Pourquoi ce conflit, vieux de 20 ans, est-il récurrent ? Une réforme est-elle possible ? À partir de données originales et inédites, l'auteur analyse "cliniquement" l'exception culturelle française en termes d'emplois et décortique ce conflit qui ne revêt aucune des propriétés classiques des conflits sociaux. Au-delà d'une description précise et fouillée, l'auteur nous fait non seulement comprendre les négociations mais propose aussi un scénario possible de réforme.


  • L'objectif de cet ouvrage est de donner les clés de lecture pour investir l'entrée du programme portant sur « l'espace du sensible », totalement inédit chez Rodin, en s'appuyant sur des oeuvres, des démarches et des processus significatifs de son oeuvre.

  • Les grimpeurs professionnels sont souvent présentés comme des indivi- dus extrêmement talentueux, voyageant autour du monde afin d'en réa- liser les escalades les plus difficiles ou pour participer à des compétitions prestigieuses tout en signant de fructueux contrats de sponsoring. Plon- geant dans les coulisses de leur quotidien, cet ouvrage étudie comment ils monétarisent les résultats de leur travail en devenant des ambassadeurs de marques.

    Ainsi, en les accompagnant lors de la création de nouvelles escalades, mais également lors leur mise en scène et en image, nous nous apercevons que le statut de « professionnel » recouvre en réalité une multitude d'activités de travail pas toujours rémunérées. C'est l'adoption d'une démarche entrepreneuriale combinée avec la marchandisation du soi, où l'organisation du travail comme une micro-organisation n'est pas seulement une nécessité propre au marché mais également une manière d'être au monde et de créer de la valeur au sein d'un réseau relativement stable de collaborateurs, qui se profile comme la forme de travail dominant. En examinant minutieusement ce quotidien, l'ouvrage propose un regard neuf sur les transformations de la nature et de l'organisation du travail indépendant qui affectent, aujourd'hui, de nombreux professionnels.

  • Construction de modèles ou production de récits, axiomatisation formalisatrice ou restitution narrative ordonnée : les sciences sociales sont placées devant des choix qui dessinent entre elles des lignes de clivage fortes, mais non figées, et qui distinguent des positions théoriques au sein même des disciplines.
    Pour confronter leurs analyses et leurs styles de recherche, les historiens, anthropologues, sociologues, économistes et archéologues qu'a réunis le séminaire dont est issu ce livre ont placé au centre de leurs échanges un ensemble de questions d'épistémologie qui révèlent les difficultés communément rencontrées dans la pratique quotidienne du travail scientifique. Les sciences sociales ont-elles leur régime propre de scientificité, ou bien menacent-elles de verser dans l'essayisme si elles ne s'alignent pas sur le modèle des sciences physiques ? Y a-t-il des récits scientifiques ? Quels sont les rapports entre la preuve et la présomption, entre la vérité et la vraisemblance ? Peut-on mathématiser les faits humains au même degré que les phénomènes naturels ? Peut-on contrôler un raisonnement naturel en le modélisant ? Peut-on dissocier la formalisation logico-mathématique de l'axiomatique utilitariste et de l'individualisme méthodologique ? En quoi la construction de scénarios explicatifs fondés sur l'exploration des états possibles du monde se distingue-t-elle de la fiction littéraire ? Quelles analyses de la causalité prévalent aujourd'hui dans l'exploration des faits sociaux et de leurs diverses profondeurs temporelles ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles répondent Maurice Aymard, Patrice Bertail, Pierre-André Chiappori, Jean-Claude Gardin, Jean-Yves Grenier, Maurizio Gribaudi, Claude Grignon, Michel Grignon, Giorgio Israel, Gérard Lenclud, Pierre-Michel Menger, Jean-Claude Passeron, Jean-Marc Robin, Florence Weber.

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