Grasset

  • Quand, il y a quelques années, fut célébré le centième anniversaire de la psychanalyse, celle-ci paraissait faire partie de notre univers culturel. Si la question de la qualité des praticiens était régulièrement posée, la légitimité de la psychanalyse elle-même ne semblait pas faire problème. Qui aurait pu imaginer qu?une dizaine d?années plus tard, nous serions revenus à une situation analogue à celle que connaissait Freud quand il écrivait ses Conférences d?introduction à la psychanalyse ? Certes, l?assaut, aujourd?hui, provient des neurosciences, de leurs découvertes et des effets pharmaceutiques de celles-ci, plus que de la psychiatrie traditionnelle, comme au temps de Freud. Le débat est pourtant toujours semblable. Qu?il existe des moyens toujours plus perfectionnés de calmer la douleur psychique n?empêche pas, en effet, qu?on se souvienne de la question socratique : comment prendre au mieux soin de soi-même ? Quel est le coût subjectif de la rééducation de soi prônée par le comportementalisme ? Quels sont les effets des psychotropes sur le désir d?un sujet ?
    ?La psychanalyse, comme thérapie et comme théorie est le seul domaine de la psychologie, aujourd?hui, qui prenne en compte ces interrogations. La divergence essentielle entre les différentes sortes de thérapie est d?ordre éthique. La psychanalyse prend le parti du sujet : c?est dans la parole de celui-ci, pour peu qu?on entende ce qui s?y dit, que se trouve la vérité de son désir. Voilà pourquoi elle est une des grandes aventures existentielles de la modernité, et la seule thérapie en accord avec l?humanisme.
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  • Chômage, inégalités, précarité? Notre « modèle social » affiche de bien piètres performances. Faut-il alors en faire le dernier rempart contre les assauts du libéralisme qui, mondialisation aidant, préfigurent un monde plus compétitif et plus dur pour les perdants ? Ou faut-il, au contraire, rechercher une nouvelle articulation entre marché et Etat, entre concurrence et protection ? Observant les évolutions de long terme des sociétés modernes, l'auteur décèle un décalage frappant entre l'hégémonie croissante des valeurs démocratiques dans le discours ambiant, allant de pair avec les capacités d'autonomie accrue des citoyen(ne)s et la persistance de l'autoritarisme et des rapports inégaux dans la sphère économique. Ce décalage pourrait fournir la clef d'un scénario optimiste pour le futur. En effet, la logique démocratique a vocation à s'imposer dans tous les lieux où se prennent des décisions qui affectent l'économie et en particulier l'entreprise , qui pourrait fonctionner de façon à la fois plus équitable et plus efficace en organisant une meilleure prise en compte des intérêts de chacun. En allant au bout du raisonnement, on voit se profiler une nouvelle « sociale-démocratie », qui mériterait mieux son nom que l'ancienne. Alors que cette dernière instituait, sous l'égide d'organismes centraux, une protection sociale uniforme et, d'un certain point de vue, paternaliste, sans s'attaquer aux prérogatives des élites dirigeantes, la nouvelle social-démocratie apporterait plus de sécurité, d'autonomie et d'égalité en donnant à chacun les moyens de participer aux décisions qui le concerne. Le marché garderait sa place centrale dans les rouages économiques, en raison des vertus démocratiques de la décentralisaton. Néanmoins, la démocratisation de l'entreprise représenterait un réel progrès économique et social, et induirait un dépassement des rapports sociaux inégaux qui caractérisent le capitalisme. Cet après-capitalisme « démocratique » ressemblerait bien peu aux divers scénarios étatistes qui ont longtemps alimenté les espoirs de progrès social, mais une telle perspective semble mieux à même de répondre aux défis de notre époque.

  • « La civilisation occidentale est unique et universelle, même si tout en elle, à l'évidence, n'est pas universel. » Le mode de vie occidental s'exporte, jusque dans son besoin de consommation frénétique auquel la culture n'échappe pas. Cette culture devient culture-monde, abondante, éphémère, monnayable. La gloire éternelle n'est plus de mise mais la reconnaissance immédiate qui passe par la valeur marchande. Pour la première fois donc, culture et globalisation coexistent, de façon déstabilisante, inquiétante peut-être. Dans un univers hypermoderne dominé par la logique de l'excès, qu'en est-il du capitalisme culturel ? Doit-on parler d'uniformisation à l'occidentale ou de réinvention de la différence ? La culture-monde signe-t-elle la fin de l'originalité ? Dans un langage clair et accessible, les deux auteurs abordent des questions aussi variées que l'art business, les marques, le cinéma, ou la Haute Culture. Un essai polémique et vivifiant.

  • La dernière guerre des États-Unis contre l'Irak a révélé une véritable « faille » entre les deux rives de l'Atlantique. Ce n'est sans doute pas un hasard si c'est dans un même mouvement que l'on s'interroge sur la communauté d'intérêts et de valeurs de l'Europe et des États-Unis, tout en posant le problème de l'Europe politique et celui de ses frontières. D'un côté, la réunification de l'Europe et la récente discussion constitutionnelle européenne ont posé la question de l'identité européenne ; de l'autre, on assiste à une tentative de définition de l'identité politique de l'Europe à partir ce que l'on a pu appeler récemment la « différenciation identitaire » - par laquelle l'Europe se cherche et s'oppose aux États-Unis. Il en résulte le risque d'une « dérive des continents », dont il faut bien mesurer la nature et les conséquences. Certes, on a souvent évoqué la différence de puissance : les États-Unis se comporteraient comme les grandes puissances l'ont toujours fait et, à l'inverse, si l'Europe mise sur le respect du droit et du multilatéralisme, c'est parce qu'elle serait dans une situation de « faiblesse stratégique » telle qu'elle n'aurait pas d'autre choix. Mais cette observation esquive la transformation de la forme politique en Amérique et en Europe. Ce qui est en jeu dans l'avenir de la relation transatlantique réside dans les « visions » américaine et européenne de l'« État » et, de manière plus spécifique, de l'articulation entre trois notions-clés qui ont dessiné les contours de la forme politique moderne : l'État, la nation et la souveraineté. Ces notions cristallisent l'ensemble des questionnements qui caractérisent aujourd'hui la relation transatlantique, en particulier sur le plan externe (exercice unilatéral de la puissance versus multilatéralisme ; dialectique entre la puissance et le droit ; dilemme légalité versus légitimité internationales, etc). Ce serait, ainsi, dans les particularités du rapport que les États-Unis et l'Europe entretiennent à l'État-nation que nous découvririons le ressort intime des relations transatlantiques et, peut-être, les clefs de leur avenir.

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