• « Dans la constellation des ouvrages de Marguerite Yourcenar, Nouvelles orientales a un statut un peu particulier. Certains lecteurs, pourtant sous le charme du premier récit qui fit vraiment date pour le jeune auteur de vingt-six ans, Alexis ou Le Traité du vain combat (1929), ont tendance à accorder à ces "nouvelles" - comme d'ailleurs aux écrits yourcenariens nés dans les années trente - une moindre attention, et à étiqueter comme oeuvre mineure ce qu'ils assimilent à un brillant exercice de réécriture à base légendaire et folklorique : belle rhapsodie aux couleurs de l'Orient, mais qui ne laisserait encore en rien présager les productions denses et ambitieuses des années cinquante ou soixante, ni les ingénieux échafaudages semi-autobiographiques de la grande maturité. D'autres, à l'inverse, très peu séduits par les monuments narratifs de Yourcenar insuffisamment en prise, à leur goût, sur les aventures scripturales du second demi-siècle, accordent à Nouvelles orientales une forme d'indulgence parce qu'il aurait, selon eux, le mérite de promouvoir le naïf et l'hétérogène...
    À nos yeux, Nouvelles orientales n'est en aucun cas un texte marginal de l'auteur de Mémoires d'Hadrien. Le recueil ne saurait avoir la densité des amples fictions - il n'y prétend d'ailleurs pas -, mais il entretient avec l'ensemble des créations de l'écrivain des liens multiples et subtils et, à ce titre, il peut constituer une entrée de lecture sur une oeuvre plurielle, parfois déroutante et d'une complexité roborative pour celui qui prend le temps d'y cheminer. »
    Anne-Yvonne Julien.

  • Que l'oeuvre de Marguerite Yourcenar occupe une situation d'insularité dans le paysage littéraire du XXe siècle, qui en douterait ? Voici une romancière ou une chroniqueuse qui a osé l'érudition dans la genèse de tous ses projets, fréquentant à ce titre artistes et penseurs de toutes sphères culturelles. Sa langue même, surtout dans les années 1960-70, la met à distance du champ des recherches scripturales alors en plein essor. Pourtant, si l'on conçoit ce qui légitime cette articulation du savoir et de la littérature, la cohésion d'un tel ensemble est hautement lisible : Yourcenar a choisi de faire de ses ouvrages un espace d'accueil de toutes les expressions du souci de soi. Dans cette mesure, elle ne fait pas fi des codes qui, sur l'axe transhistorique, ont favorisé ce voeu d'élucidation d'une subjectivité. Quant au « moi » yourcenarien, il se construit en croisant d'autres parcours, d'autres paroles sur soi-même, d'autres tracés mémoriels, en les identifiant, en les réécrivant et en programmant jusqu'à leur effacement. Ce que notre xxie siècle est peut-être plus à même de concevoir...

  • La circonstance.
    Une notion, fonction ou rubrique, à propos de laquelle plusieurs disciplines unies par une relation privilégiée au langage ont estimé pouvoir inventer une approche sans contrainte ni artifice. on essaie de définir la circonstance, d'en cerner les manifestations esthétiques, d'en mesurer la portée historico-politique. on explore de mille manières les tensions et conflits dans lesquels elle entre, variables selon les domaines.
    On se refuse à en faire une machine de guerre contre le rationalisme. on s'autorise à en user pour faire venir au premier plan le décor de l'aventure signifiante et symbolique de l'humanité, pour sonder ce qui, dans notre monde, emmène au-delà des ressources et des identités immédiates.

  • La collection " Écriture " dirigée par Béatrice Didier, professeur à l'École normale supérieure - Ulm, publie des essais sur divers problèmes théoriques concernant la littérature au sens large, témoignant de différentes sensibilités et approches du monde littéraire.

  • La ville est appréhendée ici comme un prisme à travers lequel des écritures (1950-2010) ont pu dire un programme littéraire, une (des) appartenance(s), un désir de recommencement. Occasion de cerner ce que pourrait représenter une « littérature urbaine » à partir du corpus choisi (Québec, Acadie), en lien avec les scansions d'une histoire au pluriel. S'esquisse aussi, notamment au contact des écrivains de la migrance, une chronotopologie fondée sur les possibilités de figurations du temps données par l'objet urbain lorsqu'il se textualise.

    Avec le soutien de l'université de Poitiers (France) et celui des universités du Nouveau-Brunswick et de Moncton (Canada).

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