• 10 décembre 1919 : le prix Goncourt est attribué à Marcel Proust pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Aussitôt éclate un tonnerre de protestations : anciens combattants, pacifistes, réactionnaires, révolutionnaires, chacun se sent insulté par un livre qui, ressuscitant le temps perdu, semble dédaigner le temps présent. Pendant des semaines, Proust est vilipendé dans la presse, brocardé, injurié, menacé. Son tort ? Ne plus être jeune, être riche, ne pas avoir fait la guerre, ne pas raconter la vie dans les tranchées.
    Retraçant l'histoire du prix et les manoeuvres en vue de son attribution à Proust, s'appuyant sur des documents inédits, dont il dévoile nombre d'extraits savoureux, Thierry Laget fait le récit d'un événement inouï - cette partie de chamboule-tout qui a déplacé le pôle magnétique de la littérature - et de l'émeute dont il a donné le signal.

  • Provinces

    Thierry Laget

    Chacun porte en soi un trésor fait de mots anciens, de langues apprises puis négligées, de lieux aimés et disparus : une géographie intime de signes et d'espaces qu'il faut réinventer pour mieux les mettre au jour.

    En voyageant, en écrivant, Thierry Laget confie à ses phrases le soin de restituer, voire de susciter le souvenir. De la Toscane à l'Angleterre, de l'Auvergne natale à la Touraine, ce sont autant de provinces du seul pays qu'il vaille de conquérir pour un écrivain, celui d'une mémoire magnifiée par la littérature.

    « Peut-être l'homme n'est-il que l'instrument dont la langue se sert pour se reproduire et se continuer », reconnaît-il dans cette déclaration d'amour aux mots. Comme une autobiographie qui aurait les atours d'un beau roman d'apprentissage.

  • La pluie, les gifles, la bicyclette, l'encre, Vivaldi et Marco Polo, Dickens et la sténographie, Chardin et les cerises, Follain et le rouge, l'étudiant de Constantin Verhout, Larsson et les bouleaux, Mozart à Stockholm, Toutânkhamon à Paris, les citrons, les tigres, les paons, le drugstore Saint-Germain, le Lake District, le testament d'Alfred Nobel, le cimetière de Bagneux, le trésor de Boscoreale, un ancien curé de Corrèze, New York, le canapé de Marcel Proust.
    Thierry Laget, mémorialiste de sa propre vie et de ses pensées, comme Leopardi le fut des siennes dans son Zibaldone, nous livre, avec ces éphémérides, quelques points de sa triangulation sentimentale, dans leurs rapports avec la mémoire, le rêve, la littérature. Si les éphémérides sont des almanachs où bruissent « des voix qui se sont tues », grâce à ce livre, le lecteur feuillettera un quotidien aux paysages historiés, un calendrier aux heures ourlées d'or.
    « J'ai souvenir d'avoir possédé, au fil des ans, un tricycle et plusieurs bicyclettes, dont un vélo de course amarante au guidon en forme de cornes de bélier, qui m'évoquait Ulysse, la Grèce, la Méditerranée ; un bike Raleigh avec frein torpédo, admiré à la foire de Tours, acheté en Angleterre et sur lequel, imaginant que j'étais un chevalier errant, je pédalai d'un seul élan de Londres à Plymouth, avec d'innombrables détours et un crochet par Tintagel ; et la bicicletta noir et argent, lys rouge sur l'écusson, que j'avais acquise chez Bianchi, à Florence, que j'ai ressortie de l'appentis, vingt ans plus tard, et qui, malgré des pneus crevassés et des points de rouille éparpillés sur les garde-boue, roule aussi silencieusement qu'au premier jour.
    Mes bicyclettes doivent ressembler à mes stylos. »

  • " Hélène et mon enfant gisaient depuis cinq ans au cimetière de Tours ; je rentrais d'un nouvel hiver passé avec mes Bons Sauvages et conservais, pliée en quatre dans mon portefeuille, une page arrachée à un livre dont j'ignorais le titre et l'auteur.
    Ce jour-là, une femme vint à moi.
    Elle dit qu'elle connaissait mon passé, mon avenir, que, si je le souhaitais, elle m'en délivrerait. Je l'écoutais : depuis la mort d'Hélène, je n'avais pas songé que je puisse avoir un avenir. Elle ajouta, comme dans ces contes où le diable, déguisé en bourgeois, attend les manants à la porte des villes, que je devrais, pour cela, lui offrir une âme. Une âme - en avais-je une encore à moi ? A présent, je m'acquitte ; j'ai signé le pacte.
    "

  • Des vies, mais telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu'une passion les anime. Des récits subjectifs à mille lieues de la biographie traditionnelle. L'un et l'autre : l'auteur et son héros secret, le peintre et son modèle. Entre eux, un lien intime et fort. Entre le portrait d'un autre et l'autoportrait, où placer la frontière ? Les uns et les autres aussi bien ceux qui ont occupé avec éclat le devant de la scène que ceux qui ne sont présents que sur notre scène intérieure, personnes ou lieux, visages oubliés, noms effacés, profils perdus.

  • Certains romans d'aventures tiennent en quelques pages, mais tellement précieuses qu'on voudrait ne jamais les oublier. Sous la couverture de ce livre se dissimulent huit prénoms de femmes, traces fugaces sur la Carte du Tendre d'un narrateur subjugué et dépaysé par le souvenir de ses amours anciennes. Transfigurés par le rêve et l'écriture, huit lieux s'y rattachent, proches ou lointains, mais toujours réels.

    Tout dans l'amour est mouvement, surprise, découverte, tout scintille, tout change. Tout passe aussi. Pourtant ces textes, variations amoureuses à la fois brèves et intenses, sonnent comme des défis lancés à la mort.

    Huit voyages sentimentaux qui sont autant de moments de beauté et de grâce.

  • Sept nouvelles aux allures de flâneries, de déambulations dans les rues d'une ville, égrènent dix manteaux rouges qui sont autant de femmes, unis, par-delà la diversité des lieux et des époques, par une voix qui se souvient et qui raconte. Le manteau oublié d'une inconnue évoque celui de la jeune fille aimée dans la brume de Prague. À Paris, l'amante blessée porte, le dernier soir, un manteau de faille grenat ; la gitane qui promet l'amour est vêtue d'un manteau couleur de bruyère. Et quand le narrateur a trouvé l'amour en la personne de l'Immortelle bien-aimée, elle est un anorak rouge, sur le blanc de la neige, dans une station de ski. Il y aura encore un manteau cerise à Manhattan, devant le Mémorial aux victimes du 11 Septembre, un manteau de laine ponceau à Clermont-Ferrand, le manteau pourpre d'une Madone des neiges à Rome... Et nous parvenons ainsi à l'origine du monde : la nativité, celle du narrateur qui n'a pas dissimulé que son activité principale est celle d'un écrivain. Le grand plaisir de lecture de ces nouvelles, tout en délicatesse, humour léger, perception poétique des situations et des êtres, vient de l'art même de cet écrivain, qui est en somme celui de l'auteur en personne.

  • L'année 1919 voit la consécration de Marcel Proust, avec la publication d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs et l'attribution du prix Goncourt. Proust, plus âgé que ses concurrents, n'a pas fait la guerre, et le couronnement de cet écrivain fortuné - plutôt que le favori Roland Dorgelès pour Les Croix de bois - est ressenti comme une insulte par les anciens combattants, qui engagent une violente polémique.

    Sont ici réunis pour la première fois cent quatre-vingt-seize articles, du simple écho au feuilleton, du billet de complaisance à l'éreintement, du reportage au pamphlet, révélant la richesse et la vivacité de la presse de 1919. Car il ne s'agit pas seulement de critique, mais plus souvent de politique, de satire, de controverses qui témoignent du rôle que joue alors la littérature dans la vie intellectuelle de la France.

  • D'Iris à Hilda la menteuse, en passant par Florence (qui est une ville, mais féminine), Thierry Laget a déjà constitué une singulière galerie de dames, auxquelles vient s'ajouter ici une Hortense fascinante d'impersonnalité. Elle en devient exemplaire - la déléguée, au congrès des grandes héroïnes romanesques, de celles qui n'ont rien à dire et à qui rien n'arrive, parce qu'elles pensent peu, n'éprouvent pas grand-chose et, au fond, ne s'intéressent à rien -, si pleinement inconsistante qu'on ne l'oubliera jamais.

  • «J'ai moi-même recueilli quelques anecdotes, mi-graves, mi-abstraites, des anecdotes de collection, mais d'amateur nonchalant, qui n'apprécie ses trésors que dépareillés. Je les ai étudiées, elles avaient un air de famille ; je me plaisais à les réunir, à les interroger, à leur demander : "Que cherchez-vous donc à me dire, que je suis trop balourd pour comprendre ?" ; il me semblait qu'elles détenaient une parcelle de Vérité, qu'elles allaient m'expliquer le Monde et son Énigme, dans une petite conférence privée qui s'intitulerait par exemple : "L'univers, réalités et perspectives".
    Ne sachant dans quelle vitrine les épingler, j'ai voulu les présenter avec aussi peu de transitions et d'à-propos que me le permettait Descartes. Elles ont toutes un rapport avec certaine ville de Toscane : je les publie sous le titre générique de Florentiana, pour les ranger dans la section du Catalogue consacrée aux "anas", "recueils de pensées détachées, de bons mots, d'historiettes, de dits plaisants".» Thierry Laget.

  • J'écris pour comprendre comment la réalité se forma d'abord en moi, comment elle y prit consistance, comment elle me forma.
    J'écris pour que mon regard d'alors me rejoigne ici. De tous ces murs de Clermont, pas un ne m'éblouit comme ce pauvre mur décrépi. bruni. tanné, confit par les neiges, les soleils, les fumées, que je dessine en ma mémoire, au millimètre près. mais que je n'ai jamais pu retrouver sur place. L'image est à la fois négligeable et parfaite : elle doit avoir un sens. Je le cherche.
    T. L.

  • Hilda ? - Oui, menteuse, un peu voleuse aussi, et puis un rare culot.
    Mais c'est celui de l'innocence qui désarme d'un simple sourire. Arrivant de quelque république dite " bananière ", elle débarque à Paris où Noël, bon type, est venu l'accueillir de la part d'une amie commune. Mais elle s'installe chez lui, et ça commence. Les mensonges, d'abord : est-elle vraiment venue en France par amour pour notre démocratie et passion pour François Mitterrand ? Ou simplement pour fuir un mari jaloux qui l'opprime, comme tous ceux qui dépendent d'un chef redouté de la police ? Ou encore parce qu'elle lui préfère un boxeur dont les héroïques défaites ont établi la réputation ? Enfin, est-elle vraiment médecin ? Voleuse : on verra comment et pourquoi (un peu par force).
    Culottée : même Mitterrand ne lui échappera pas. La suite, on ne tardera pas à la connaître, car cette histoire marche au galop. Et il faut croire que l'auteur lui-même a succombé au charme de son personnage pour en tirer ce feu d'artifice de virtuosité et de drôlerie souvent décapante. Sans mentir.

  • « Sans doute le professeur Adrien Proust se serait-il ébahi si quiconque avait osé affirmer devant lui que le confinement était le souverain remède aux épidémies. » Thierry Laget

  • « Quand elle est sortie, vers neuf heures, Azélie m'a confié la garde du château. Alors j'ai de nouveau entendu en moi la voix qui s'était tue - voix sombre, altière -, mais je n'ai pas compris ce qu'elle disait, car au même instant le démarreur de la 4L s'étranglait, le moteur vocalisait, les pneus broyaient le gravier, traçant de leur compas un cercle dont je figurais le centre et dont le rayon, englobant la bâtisse, contournant les tilleuls, s'étira jusqu'à la grille au bout de l'allée avant de s'estomper dans le néant.
    La nuit est retombée autour de moi avec un grincement de herse. Je n'ai pas voulu allumer les lampes, pour ne pas effaroucher les ombres. Je suis passé de pièce en pièce, tel un fantôme qui secoue ses voiles, mais c'était la lune, à travers les fenêtres, qui déroulait sous mes pas un tapis de soie, de silence et d'argent. » Une comtesse charge un homme de cataloguer la bibliothèque de son château.
    Cet homme traverse les nuits et les jours du domaine, franchit les apparences, lit tous les livres, même ceux qui ne sont pas écrits et dont il invente l'intrigue, à mesure qu'il découvre que les morts ne sont pas morts, ni les fantômes ceux qu'on croyait, ni les vérités celles qu'on admettait.
    En fin de compte, c'est de la littérature elle-même qu'il s'agit, et à laquelle il est rendu ici le plus beau des hommages.

  • « "Longtemps, je me suis couché de bonne heure", "la Petite Madeleine", le cabinet sentant l'iris, la lanterne magique, le grelot ferrugineux, le baiser du soir, les aubépines, les clochers de Martinville, les sources de la Vivonne, la petite phrase de la sonate de Vinteuil, "une femme qui n'était pas mon genre", les parties de barres aux Champs-Élysées : autant de "morceaux choisis", autant d'épisodes, autant de mots autour desquels s'est précipitée la réflexion sur la littérature, et qui sont devenus aussi familiers que le corbeau, le renard, ma cassette, que diable allait-il faire dans cette galère, le sanglot long des violons, et la chèvre de M. Seguin. On connaît ces couplets par coeur sans même les avoir entendu chanter, comme on connaît les paraboles de l'Évangile sans avoir servi la messe, et les damnés du septième cercle sans avoir pactisé avec Belzébuth.
    Du côté de chez Swann, c'est cela, et c'est aussi bien autre chose. [...] Car au-delà des morceaux de bravoure ou des morceaux choisis, qui trop souvent remplacent une lecture suivie, on peut découvrir une unité, un cheminement, une progression, une démonstration : le roman de Proust est une construction claire. » Thierry Laget.

  • " a la recherche du temps perdu " est le roman d'une vocation : celle de l'écrivain.
    L'oeuvre de marcel proust est si intimement liée à sa vie qu'on l'a souvent confondue avec une autobiographie. a tort, car elle conte la grande aventure d'un esprit en quête de vérité. le présent ouvrage propose quelques points de repère essentiels pour mieux comprendre et apprécier l'une des pièces maîtresses de la littérature de notre siècle.

  • L'etat des ames

    Thierry Laget

    À Abinei, petit village sarde, le nombre des habitants est, depuis l'aube des temps, invariable : une naissance succède toujours à un décès. Aussi, lorsqu'une femme s'apprête à mettre au monde des jumeaux, les villageois savent qu'une mort ne suffira pas à rééquilibrer les comptes... Efisio Marini saura-t-il rétablir l'ordre et défier cette macabre symbolique ? Style élégant, rigueur mathématique, intrigue redoutablement efficace : la première enquête d'Efisio Marini, inventeur - réel - au XIXe siècle d'une insolite méthode de pétrification de corps, impose Giorgio Todde comme l'un des nouveaux grands auteurs du roman noir italien, dans la lignée d'Andrea Camilleri et de son commissaire Montalbano.

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